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8 décembre 20255 min de lecture

278 700 artisans en 2025 : où vendre ?

L'artisanat bat des records. Mais les créateurs peinent à trouver des points de vente. Les marchés et foires ont un rôle clé à jouer.

278 700 artisans en 2025 : où vendre ?
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Points clés de l'article

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278 700. C'est le nombre de nouvelles entreprises artisanales créées en France en 2025, selon l'Institut Supérieur des Métiers. Un record historique, +11% par rapport à 2024.

Parmi elles, environ 120 000 entreprises dans les métiers d'art et de création : bijoutiers, céramistes, créateurs textiles, maroquiniers...

Le problème ? Ces créateurs ont besoin de vendre. Et pour beaucoup, les marchés et foires restent le canal de vente principal.

Le profil du nouvel artisan

L'artisan de 2025 ne ressemble pas à celui de 1990. Selon le baromètre ISM/MAAF :

  • 82% des artisans métiers d'art sont micro-entrepreneurs
  • Les régions du Sud (Nouvelle-Aquitaine, Occitanie) sont les championnes
  • Les zones rurales (Lot, Ariège, Creuse, Hautes-Alpes) ont les plus fortes concentrations
  • L'âge moyen baisse : beaucoup de reconversions professionnelles
  • Ce nouvel artisan est souvent :

  • Un ex-cadre en reconversion
  • Formé sur le tard aux métiers d'art
  • Très présent sur Instagram
  • À la recherche de son premier marché
  • Le problème de la distribution

    Créer de beaux objets, c'est une chose. Les vendre, c'en est une autre.

    Les canaux de vente disponibles :

  • E-commerce (Etsy, site propre) : demande du temps, des compétences marketing, et les commissions mangent les marges
  • Boutiques de créateurs : peu nombreuses, très sélectives
  • Galeries : réservées aux artistes établis
  • Marchés et foires : accessible, mais qualité très variable
  • Le marché de Noël de village, c'est bien pour vendre des bonnets tricotés. Moins pour une céramiste qui propose des pièces à 150€.

    Ce que veulent vraiment les artisans

    J'ai discuté avec des créateurs qui font le circuit des marchés. Ce qui ressort :

    Un public qualifié. Vendre à des gens qui cherchent de l'artisanat, pas des touristes qui passent sans regarder.

    Des conditions correctes. Un stand à l'abri, de l'électricité, un éclairage suffisant. Pas une table branlante sous un auvent qui prend l'eau.

    Un tarif raisonnable. 150 à 300€ pour un weekend, pas 500€ pour financer la déco du village.

    De la sélection. Être à côté d'un revendeur de chaussettes chinoises tue l'image.

    Le modèle des marchés de créateurs urbains

    Des initiatives comme Made in Montreuil, Marché des Créateurs (Lyon), ou Les Puces du Design ont compris la formule :

  • Sélection stricte (créations originales uniquement)
  • Communication ciblée (réseaux sociaux, presse locale)
  • Espace qualitatif (lieu atypique, déco soignée)
  • Tarifs justes (150-250€ le weekend)
  • Résultat : files d'attente de créateurs pour exposer, public au rendez-vous, chiffres d'affaires satisfaisants pour les artisans.

    Organiser un marché de créateurs viable

    La sélection, nerf de la guerre

    Refuser 50% des candidatures, c'est normal. Les critères :

  • Création originale (pas de revente)
  • Qualité de fabrication (photos du travail en cours)
  • Cohérence avec l'événement (pas de bijoux fantaisie à 5€ sur un marché haut de gamme)
  • Un jury de 3-4 personnes (artisans reconnus, galeristes, journalistes déco) pour éviter le copinage.

    L'équilibre financier

    Pour un marché de 50 exposants sur 2 jours :

    Recettes :

  • Stands (50 × 200€) : 10 000€
  • Entrée visiteurs (2000 × 3€) : 6 000€
  • Buvette/restauration (marge 30%) : 3 000€
  • Sponsors locaux : 2 000€
  • Total : 21 000€
  • Dépenses :

  • Location lieu : 3 000€
  • Communication : 2 500€
  • Assurance : 500€
  • Sécurité : 1 500€
  • Logistique (tables, chaises, éclairage) : 2 000€
  • Décoration : 1 000€
  • Personnel (intérimaires) : 2 000€
  • Imprévus : 1 500€
  • Total : 14 000€
  • Marge : 7 000€ (33%)

    C'est rentable dès la première édition si bien exécuté.

    Le lieu fait la moitié du travail

    Un marché de créateurs dans une salle polyvalente, c'est triste. Le même marché dans :

  • Un ancien atelier industriel
  • Une cour d'hôtel particulier
  • Un jardin privatif
  • Une halle historique
  • ... et vous avez un événement Instagram-friendly qui se communique tout seul.

    L'effet Notre-Dame

    Le baromètre ISM/MAAF note un phénomène intéressant : les métiers du patrimoine bâti explosent. Charpentiers, vitraillistes, tailleurs de pierre, facteurs d'orgue... La reconstruction de Notre-Dame a créé un "effet d'appel".

    Ces métiers sont moins visibles sur les marchés de créateurs classiques. Mais il y a une opportunité : les journées des métiers d'art, les portes ouvertes d'ateliers, les salons du patrimoine.

    La digitalisation adaptée

    Les marchés de créateurs ont leurs spécificités :

    Ce qui marche :

  • Billetterie en ligne (évite la queue à l'entrée)
  • Plan des exposants sur smartphone
  • Instagram du marché (reposts des créateurs présents)
  • Photos professionnelles partageables
  • Ce qui est superflu :

  • Application dédiée
  • Cashless (les artisans gèrent leur propre encaissement)
  • Badge électronique
  • Pour les organisateurs : les erreurs à éviter

    Accepter tout le monde

    "On a des places libres, on va remplir." Non. Un marché avec 30 bons créateurs bat un marché avec 50 exposants dont 20 revendeurs.

    Sous-estimer la communication

    Un post Facebook 3 jours avant, ce n'est pas de la communication. Commencez 2 mois avant. Présentez les créateurs un par un. Racontez des histoires.

    Négliger le confort exposant

    L'artisan qui a passé 2 jours mal installé, les pieds dans l'humidité, ne reviendra pas. Et il le dira à ses collègues.

    Oublier le suivi

    Le lendemain de l'événement, envoyez un email aux exposants : merci, statistiques de fréquentation, date de la prochaine édition. Simple mais tellement rare.

    L'artisanat a besoin de vitrines

    120 000 entreprises de métiers d'art en France. Des milliers de créateurs qui cherchent où montrer leur travail.

    Les marchés de créateurs bien organisés sont une réponse. Pas la seule, mais une réponse accessible et rentable.

    L'enjeu pour les organisateurs : se positionner comme une référence qualité. Être le marché où les créateurs veulent exposer et où le public sait qu'il trouvera de vraies pépites.

    Ça demande de la rigueur dans la sélection, du soin dans l'exécution, et de la constance dans la communication.

    Mais le potentiel est là. Les artisans attendent.

    Sources : Baromètre ISM/MAAF 2025, Chiffres clés CMA Île-de-France 2025