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12 décembre 20256 min de lecture

SIA 2025 : leçons pour les foires locales

Le Salon de l'Agriculture reste une référence. Mais les foires départementales ont des atouts que Paris n'a pas.

SIA 2025 : leçons pour les foires locales
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603 652 visiteurs. 1 000 exposants. 4 000 animaux. 9 jours.

Le Salon International de l'Agriculture 2025 a une nouvelle fois démontré l'attachement des Français à leur agriculture. Malgré un contexte tendu (manifestations d'agriculteurs en colère le premier samedi), la fréquentation est restée solide.

Mais que peuvent en tirer les organisateurs de foires agricoles locales et départementales ?

Le SIA n'est pas reproductible

Disons-le clairement : personne ne peut reproduire le Salon de l'Agriculture en région. Ni le budget (plusieurs millions d'euros), ni la logistique (Porte de Versailles, c'est 230 000 m²), ni la médiatisation (chaque président y fait sa visite).

Et ce n'est pas grave. Les foires locales ont d'autres atouts.

Ce que les foires locales font mieux

La proximité

Un éleveur du Cantal n'ira pas à Paris pour montrer ses Salers. Mais il fera 50 km pour participer à la foire de Saint-Flour. Le maillage territorial des foires agricoles permet de toucher des exposants et visiteurs que le SIA ne touchera jamais.

Le coût

Exposer au SIA coûte entre 300 et 500€ le m². Pour un stand de 18m², on dépasse les 7 000€ rien qu'en location. Ajoutez le transport des animaux, l'hébergement, la main d'œuvre...

Une foire locale propose des tarifs 5 à 10 fois inférieurs. C'est accessible aux petits éleveurs.

L'authenticité

Au SIA, les halls sont climatisés, les allées rectilignes, les stands léchés. C'est professionnel, mais ça ressemble à n'importe quel salon.

Une foire en plein air, avec les odeurs de paille et de bétail, les tracteurs qui manœuvrent dans la boue, les conversations en patois... C'est irremplaçable.

Les chiffres réalistes d'une foire départementale

Prenons une foire agricole de taille moyenne : 5 000 à 10 000 visiteurs sur 2-3 jours.

Recettes :

  • Billetterie (8000 × 8€) : 64 000€
  • Exposants (100 × 300€ moyen) : 30 000€
  • Restauration (régie directe ou commission) : 15 000€
  • Sponsors locaux (Crédit Agricole, coopératives, négoces) : 20 000€
  • Marché de producteurs (commission 15%) : 5 000€
  • Total : 134 000€
  • Dépenses :

  • Location terrain/infrastructures : 15 000€
  • Sécurité : 8 000€
  • Sonorisation/éclairage : 5 000€
  • Assurances : 4 000€
  • Communication : 8 000€
  • Personnel (intérimaires, vétérinaires) : 12 000€
  • Prix des concours : 5 000€
  • Litière, alimentation animaux : 3 000€
  • Logistique : 8 000€
  • Divers : 6 000€
  • Total : 74 000€
  • Marge : 60 000€ (45%)

    Ces chiffres sont réalistes pour une foire bien établie. La première année sera moins rentable (communication plus forte, rodage).

    Les spécificités agricoles

    La réglementation sanitaire

    C'est LA contrainte majeure. Chaque animal présent doit avoir :

  • Un passeport ou document d'identification
  • Des tests sanitaires à jour (tuberculose, brucellose...)
  • Un certificat vétérinaire de transport
  • Une identification conforme
  • La digitalisation aide énormément. Plutôt que de vérifier des papiers à l'entrée, un QR code lié à la base nationale d'identification bovine (BDNI) permet un contrôle instantané.

    Le bien-être animal

    Un animal stressé, c'est un accident potentiel et une mauvaise image. Les règles de base :

  • Un vétérinaire présent en permanence
  • Points d'eau accessibles
  • Litière fraîche quotidienne
  • Horaires de présentation limités (pas 8h non-stop en ring)
  • Le SIA a des protocoles stricts. Les foires locales doivent s'en inspirer, à leur échelle.

    La météo

    Une foire en extérieur en novembre dans le Massif Central, c'est du sport. Prévoyez des structures couvertes pour les animaux et les démonstrations principales.

    Inversement, une foire en août avec 35°C pose des problèmes de chaleur pour le bétail. Le bien-être animal prime sur le calendrier idéal.

    Ce qui attire le public

    Les concours d'animaux

    C'est le cœur battant d'une foire agricole. La présentation en ring, les commentaires du juge, le suspense du classement... Le public adore.

    Conseil : ne multipliez pas les catégories. 5-6 concours bien organisés valent mieux que 20 concours bâclés.

    Les démonstrations de matériel

    Les constructeurs de machines agricoles sont demandeurs. Un champ de démonstration où l'on voit les engins en action vaut tous les stands statiques.

    La restauration terroir

    Saucisse-frites dans une assiette en carton ? Non. Côte de bœuf local grillée au feu de bois, servi avec des pommes de terre du coin ? Oui.

    La restauration fait partie de l'expérience. Travaillez avec les producteurs locaux.

    La ferme pédagogique

    Pour les familles, c'est incontournable. Les enfants qui touchent un agneau, qui voient une vache de près, qui apprennent d'où vient le lait... Ce sont vos visiteurs de demain.

    La digitalisation adaptée au monde agricole

    Le monde agricole a ses particularités. Facebook y est plus utilisé qu'Instagram. WhatsApp est devenu un outil professionnel. Les SMS fonctionnent mieux que les apps.

    Ce qui marche :

  • Billetterie en ligne (mais gardez aussi la vente sur place en cash)
  • Plan de la foire sur smartphone
  • SMS de rappel aux exposants
  • Résultats des concours diffusés en temps réel
  • Photos officielles partageables
  • Ce qui ne marche pas :

  • Apps dédiées trop complexes
  • Réseaux sociaux que le public n'utilise pas (TikTok chez les 60+ ans...)
  • Cashless exclusif (gardez le liquide)
  • L'enjeu de la transmission

    Une foire agricole, c'est aussi un lieu de recrutement. L'agriculture française cherche 50 000 actifs par an. Les jeunes qui visitent une foire, qui parlent avec des éleveurs passionnés, qui découvrent les métiers... ce sont peut-être les agriculteurs de demain.

    Travaillez avec les lycées agricoles, les chambres d'agriculture, les groupes de jeunes agriculteurs. Ils sont demandeurs de visibilité.

    L'après-SIA : une fenêtre de tir

    Le Salon de l'Agriculture se tient fin février - début mars. C'est le moment où l'agriculture est dans les médias.

    Programmez vos communications dans la foulée. "Vous avez aimé le SIA ? Retrouvez vos producteurs locaux à la foire de..." C'est le moment idéal pour surfer sur la vague médiatique.

    Conclusion

    Le Salon de l'Agriculture est un monument. Mais 600 000 visiteurs à Paris, ça représente peut-être 1% des Français. Les 99% restants, ce sont les foires locales qui peuvent les toucher.

    L'enjeu n'est pas de faire "comme Paris en plus petit". C'est de proposer quelque chose de différent : plus accessible, plus authentique, plus ancré dans le territoire.

    Les agriculteurs ont besoin de ces vitrines locales. Les consommateurs cherchent à reconnecter avec leur alimentation. Les foires agricoles sont le lieu de cette rencontre.

    Sources : Bilan SIA 2025 (salon-agriculture.com), La France Agricole